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Cituation du mois d’août 2017 (Cituation #13) :

« La neige fondait sur la montagne et Bunny était mort depuis plusieurs semaines quand nous avons fini par comprendre la gravité de notre situation

Donna Tartt, Le Maître des illusions, p. 11, Pocket, 2014.

Voilà la phrase d’introduction (incipit) du livre Le Maître des illusions.

Le lecteur est accroché : quelle est donc cette situation qui semble grave, dramatique pour ses protagonistes ? Va-t-il falloir lire les 790 pages pour le savoir ? Il peut falloir du temps et de l’énergie pour appréhender complètement une situation … Pour le lecteur, mais aussi pour les protagonistes, qui n’ont pas réalisé tout de suite qu’ils étaient dans une situation grave.

Et cette qualification de grave caractérise la situation et la modifie… Rien n’a changé, certes, au niveau des faits qui se sont déroulés, et il y a eu potentiellement de nouveaux faits ou de nouvelles informations en lien avec la situation : toujours est-il que l’interprétation de la situation est devenue différente, donc la situation est maintenant différente…

Car une situation est bien une interprétation… (voir Cituation #2)

Cituation du mois de juillet 2017 (Cituation #12) :

« I get woken up in the middle of the night all the time. Some crisis somewhere in the world, some situation somewhere in the Situation Room…

– Well, that’s better than a dump truck. »

Réplique des personnages Frank Underwood et Thomas Yates dans la série House Of Cards, saison 3, épisode 36.

Dans la traduction française, le terme situation n’apparait pas :

« Je suis tout le temps réveillé au milieu de la nuit. Une crise quelque part dans le monde, un problème en salle de crise…

– C’est mieux que les éboueurs. »

Attardons nous un peu sur ce sens particulier dans la langue anglais du terme situation… En anglais effectivement, situation peut vouloir dire problème, crise : un sens que le terme en français ne porte pas…

Effectivement une situation peut être un moment de tension lorsqu’on ne sait pas comment la gérer (quelles sont les actions à effectuer dans ces circonstances ?…). C’est ainsi qu’une salle de crise s’appelle en anglais situation room. La plus célèbre étant celle de la Maison Blanche que J. F. Kennedy a créé après l’échec du débarquement américain à Cuba en 1961. L’objectif était de centraliser en temps réel toutes les informations provenant des différents canaux de communication dans un lieu unique : un grand collecteur d’informations sur lequel on peut s’appuyer pour prendre la meilleure décision…

« La salle de permanence de l’Agence européenne de gestion de la coopération opérationnelle des frontières n’est pas destinée à gérer les crises en direct mais plutôt à permettre d’avoir en permanence, un aperçu de ce qui se passe sur le terrain. C’est plutôt un « Centre de situation » qu’une « Salle de crise ». Aux murs, des cartes sur écran permettant d’avoir de façon lumineuse et illustrée une vue de la situation. »

Article En direct de la situation Room de Frontex, sur le site https://www.bruxelles2.eu

Il y aurait effectivement plusieurs types de Situation Room, selon qu’il y a réellement une crise sur laquelle il est urgent d’agir, ou si l’objectif est simplement de surveiller ou de superviser un dispositif (centre de contrôle). Sur ce point, la langue française est moins ambigüe avec le terme salle de crise.

Cette connotation négative dans la langue anglaise du terme situation est intéressante à creuser car elle révèle qu’une situation devient importante (et donc digne d’être désignée par des mots) lorsqu’on ne sait pas la traiter et qu’elle est donc un problème… On ne s’attarde pas sur les choses qui vont bien et pour lesquels notre savoir est efficace et éprouvé (les situations connues avec des actions connues…), sauf pour des questions d’apprentissage, mais lorsqu’on doit faire face à des situations inédites, alors la tension monte et peut mener  à la crise…

« Owen, we have a situation here ! »

Réplique du personnage Barry dans le film Jurassic World, réalisé par Colin Trevorrow, en 2015.

Cituation du mois de juin 2017 (Cituation #11) :

«  Ray Davies est un des très rares artistes surgis dans le monde du rock des années 60 dont on peut dire qu’il avait un regard. Un regard d’écrivain, de dessinateur, de photographe ou de cinéaste. Ou même simplement de journaliste chroniqueur. Cet homme a toujours eu une façon unique de résumer, le temps d’une chanson, des personnages et des situations : l’ouvrier qui, à force de travail et d’épargne, s’est bâti son petit pavillon et veut absolument oublier d’où il vient, les deux sœurs dont l’une, qui a réussi socialement, organise des dîners brillants à la ville et l’autre, qui se morfond à la campagne, regarde tourner sa machine à laver. Il y a chez Ray Davies et les Kinks l’art des mots, bien sûr, mais aussi l’art théâtral de la diction, soit celui de suggérer, par le choix d’une intonation ou d’un accent, le mépris de classe du grand bourgeois qui se croit au-dessus des autres ou, inversement, la gouaille populaire du cockney londonien qui ne s’en laisse pas conter par ceux de la haute. »

Michka Assayas, dans l’émission Very Good Trip  du 8 mai 2017 « Ray Davies et le rêve américain des Kinks », France Inter.

Résumer des personnages et des situations dans des chansons comme « Two sisters » ou « Mister Pleasant » des Kinks, dans des romans ou dans des films : voilà ce qu’on peut rechercher dans l’art en général… Mais décrire, dépeindre des situations, en quoi cela intéresse-t-il le spectateur, le lecteur ou l’auditeur ? Après tout, celui-ci peut être complètement indifférent à l’oeuvre (et l’artiste manque alors sans doute son but). Une réponse possible consiste à considérer qu’une situation n’est ni quelque chose d’abstrait, ni une simple description de l’état du monde :

  • D’abord une situation est incarnée, par des personnages, qui sont en situation justement. On ne dit pas d’une oeuvre qui dépeint un simple paysage qu’elle dépeint une situation…
  • Ensuite la situation m’intéresse dans l’oeuvre parce que je peux m’y retrouver, m’y projeter, ressentir de l’empathie avec les personnages concernés, me mettre dans leur peau, m’identifier à eux.
  • Cette projection me permet quelque part de me questionner, de prendre du recul, et même d’apprendre, en tout cas de tirer quelque chose de l’oeuvre. La littérature, le cinéma, la chanson permettent de confronter sa propre vision du monde avec des situations inédites. Dans cette situation, agirais-je comme le personnage ? Ou : comment éviter de se retrouver dans sa situation ? C’est le côté utilitariste de la chose : derrière la notion de situation il y a toujours le versant action
  • Et l’aspect moral sous-jacent : quelle est la bonne action ? Une question intéressante… Les artistes peuvent avoir aussi cette dimension moraliste. Sans forcément donner explicitement des leçons (car ils seront alors taxés de moralisateurs…), ils font passer des messages et cherchent à faire réfléchir. Ou pas…

Cituation du mois de mai 2017 (Cituation #10) :

«  Les sentiments qui viennent d’en bas, et surtout ceux qui nous laissent un petit goût amer, ont un effet formateur sur le cerveau : la prochaine fois qu’il faudra prendre une décision – faire une présentation au bureau ou s’abstenir, manger le chili con carne trop épicé ou s’en passer – , il pèsera bien le pour et le contre. Tel pourrait être le rôle de l’intestin dans les décisions que nous appelons viscérales : les sentiments négatifs qu’il a éprouvés dans une situation similaire sont stockés, et, si nécessaire, pris en considération au moment du choix. Si le mécanisme était aussi adaptable aux sentiments positifs, alors « prendre un homme par le ventre » reviendrait effectivement à faire la conquête de son intestin. »

Giulia Enders, dans Le charme discret de l’intestin, p. 173, Actes Sud, 2015.

La mémoire des situations ne serait donc pas seulement dans le cerveau, mais aussi dans l’intestin…

Release 3.3.5

EdiNoS 3.3.5 pour Mac

EdiNoS 3.3.5 pour Windows et Linux

Nouveautés de la version 3.3.5 :

  • Amélioration de l’éditeur de questions en HTML grâce à l’utilisation de Java FX lorsque le runtime java 8 est installé. Le rendu des questions est maintenant identique à celui qui apparaitra sur le site web (loginos.net).
  • La taille de la fenêtre des questions est maintenant paramétrable (fenêtre Préférences, onglet Présentation)
  •  Les actions de type message sont maintenant au format HTML.

Cituation du mois d’avril 2017 (Cituation #9) :

«  Le sens tactique, pour le joueur, c’est donner une réponse la plus rapide possible à une situation donnée. Il y a toujours plusieurs solutions, plusieurs réponses à une situation du moment. Un joueur qui possède un sens tactique choisit toujours la bonne. »

Stéphane Moulin, entraineur d’Angers, dans Comment regarder un match de foot ?,  Les cahiers du football, p. 103, Solar, 2016.

Nous voici dans le domaine du football ce mois-ci…

Dans la vie courante, comme sur un terrain de foot, il y a effectivement plusieurs actions possibles dans une situation donnée. La question est de savoir laquelle est la bonne action (passer en retrait ? dribbler ? temporiser ? tirer au but ? dégager en touche ?)… Le joueur qui choisit la bonne action (ou la moins mauvaise) en fonction de la situation, fera preuve d’intelligence de jeu, de sens tactique, aux yeux de ses partenaires, de son entraineur et du public.

Dans notre contexte, nous dirons que c’est un expert : celui-ci qui connait la bonne action selon la situation. Il sera considéré comme un bon joueur si en plus il est capable de réussir les actions qu’il choisit (la passe au cordeau, le dribble efficace, le tâcle juste, … le but !), c’est-à-dire s’il possède aussi une bonne technique.

Si donc dans nos graphes de nos, on trouve en général une seule action pour une situation, c’est que l’expert y a inscrit la bonne action (ou la meilleure) et non pas l’ensemble des possibles… Allons plus loin : si beaucoup d’actions sont envisageables, c’est peut-être le symptôme que la situation n’a pas été complètement appréhendée, qu’elle mérite peut-être d’être re-précisée en prenant en compte de nouveaux faits. Une bonne identification de la situation réduit l’étendue des bonnes actions possibles¹.

Autre réflexion : sur un terrain de foot, la situation évolue très vite. D’une seconde à l’autre, la situation n’est plus la même, selon le déplacement des joueurs et du ballon. Une excellente perception de l’environnement et une bonne capacité d’anticipation fait aussi partie de l’intelligence de jeu.

¹ Rappelons que nous cherchons ici à modéliser les connaissances d’un expert et que nous ne sommes pas sur le terrain de la liberté individuelle…

Cituation du mois de mars 2017 (Cituation #8) :

«  C’est une bonne situation ça, scribe ?

– Vous savez, moi je ne crois pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise situation. Moi, si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres. Des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi. Et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée… Parce que quand on a le goût de la chose, quand on a le goût de la chose bien faite, le beau geste, parfois on ne trouve pas l’interlocuteur en face, je dirais, le miroir qui vous aide à avancer. Alors ça n’est pas mon cas, comme je disais là, puisque moi au contraire, j’ai pu : et je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie… je ne suis qu’amour ! Et finalement, quand beaucoup de gens aujourd’hui me disent « Mais comment fais-tu pour avoir cette humanité ? »,  et bien je leur réponds très simplement, je leur dis que c’est ce goût de l’amour ce goût donc qui m’a poussé aujourd’hui à entreprendre une construction mécanique, mais demain qui sait ? Peut-être simplement à me mettre au service de la communauté, à faire le don, le don de soi… »

Réplique des personnages Numérobis et Otis dans le film Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, réalisé par Alain Chabat, en 2002.

Cette cituation du mois amène plusieurs réflexions, qui vont être plus courtes que la citation elle-même :

  • D’abord une situation peut être complexe, très générale et assez longue à décrire…
  • Ensuite, situer, c’est positionner sur un plan ou dans un cadre (géographique, social, etc..). C’est donc toujours relativement à quelque chose que l’on situe. Plus précisément relativement à d’autres situations…
  • Enfin, Otis a raison : il n’y a pas de bonne ou de mauvaise situation. Dans notre contexte par contre, une situation n’a un sens que par rapport à un but donné.