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Cituation du mois de juin 2017 (Cituation #11) :

«  Ray Davies est un des très rares artistes surgis dans le monde du rock des années 60 dont on peut dire qu’il avait un regard. Un regard d’écrivain, de dessinateur, de photographe ou de cinéaste. Ou même simplement de journaliste chroniqueur. Cet homme a toujours eu une façon unique de résumer, le temps d’une chanson, des personnages et des situations : l’ouvrier qui, à force de travail et d’épargne, s’est bâti son petit pavillon et veut absolument oublier d’où il vient, les deux sœurs dont l’une, qui a réussi socialement, organise des dîners brillants à la ville et l’autre, qui se morfond à la campagne, regarde tourner sa machine à laver. Il y a chez Ray Davies et les Kinks l’art des mots, bien sûr, mais aussi l’art théâtral de la diction, soit celui de suggérer, par le choix d’une intonation ou d’un accent, le mépris de classe du grand bourgeois qui se croit au-dessus des autres ou, inversement, la gouaille populaire du cockney londonien qui ne s’en laisse pas conter par ceux de la haute. »

Michka Assayas, dans l’émission Very Good Trip  du 8 mai 2017 « Ray Davies et le rêve américain des Kinks », France Inter.

Résumer des personnages et des situations dans des chansons comme « Two sisters » ou « Mister Pleasant » des Kinks, dans des romans ou dans des films : voilà ce qu’on peut rechercher dans l’art en général… Mais décrire, dépeindre des situations, en quoi cela intéresse-t-il le spectateur, le lecteur ou l’auditeur ? Après tout, celui-ci peut être complètement indifférent à l’oeuvre (et l’artiste manque alors sans doute son but). Une réponse possible consiste à considérer qu’une situation n’est ni quelque chose d’abstrait, ni une simple description de l’état du monde :

  • D’abord une situation est incarnée, par des personnages, qui sont en situation justement. On ne dit pas d’une oeuvre qui dépeint un simple paysage qu’elle dépeint une situation…
  • Ensuite la situation m’intéresse dans l’oeuvre parce que je peux m’y retrouver, m’y projeter, ressentir de l’empathie avec les personnages concernés, me mettre dans leur peau, m’identifier à eux.
  • Cette projection me permet quelque part de me questionner, de prendre du recul, et même d’apprendre, en tout cas de tirer quelque chose de l’oeuvre. La littérature, le cinéma, la chanson permettent de confronter sa propre vision du monde avec des situations inédites. Dans cette situation, agirais-je comme le personnage ? Ou : comment éviter de se retrouver dans sa situation ? C’est le côté utilitariste de la chose : derrière la notion de situation il y a toujours le versant action
  • Et l’aspect moral sous-jacent : quelle est la bonne action ? Une question intéressante… Les artistes peuvent avoir aussi cette dimension moraliste. Sans forcément donner explicitement des leçons (car ils seront alors taxés de moralisateurs…), ils font passer des messages et cherchent à faire réfléchir. Ou pas…

Cituation du mois de mai 2017 (Cituation #10) :

«  Les sentiments qui viennent d’en bas, et surtout ceux qui nous laissent un petit goût amer, ont un effet formateur sur le cerveau : la prochaine fois qu’il faudra prendre une décision – faire une présentation au bureau ou s’abstenir, manger le chili con carne trop épicé ou s’en passer – , il pèsera bien le pour et le contre. Tel pourrait être le rôle de l’intestin dans les décisions que nous appelons viscérales : les sentiments négatifs qu’il a éprouvés dans une situation similaire sont stockés, et, si nécessaire, pris en considération au moment du choix. Si le mécanisme était aussi adaptable aux sentiments positifs, alors « prendre un homme par le ventre » reviendrait effectivement à faire la conquête de son intestin. »

Giulia Enders, dans Le charme discret de l’intestin, p. 173, Actes Sud, 2015.

La mémoire des situations ne serait donc pas seulement dans le cerveau, mais aussi dans l’intestin…

Release 3.3.5

EdiNoS 3.3.5 pour Mac

EdiNoS 3.3.5 pour Windows et Linux

Nouveautés de la version 3.3.5 :

  • Amélioration de l’éditeur de questions en HTML grâce à l’utilisation de Java FX lorsque le runtime java 8 est installé. Le rendu des questions est maintenant identique à celui qui apparaitra sur le site web (loginos.net).
  • La taille de la fenêtre des questions est maintenant paramétrable (fenêtre Préférences, onglet Présentation)
  •  Les actions de type message sont maintenant au format HTML.

Cituation du mois d’avril 2017 (Cituation #9) :

«  Le sens tactique, pour le joueur, c’est donner une réponse la plus rapide possible à une situation donnée. Il y a toujours plusieurs solutions, plusieurs réponses à une situation du moment. Un joueur qui possède un sens tactique choisit toujours la bonne. »

Stéphane Moulin, entraineur d’Angers, dans Comment regarder un match de foot ?,  Les cahiers du football, p. 103, Solar, 2016.

Nous voici dans le domaine du football ce mois-ci…

Dans la vie courante, comme sur un terrain de foot, il y a effectivement plusieurs actions possibles dans une situation donnée. La question est de savoir laquelle est la bonne action (passer en retrait ? dribbler ? temporiser ? tirer au but ? dégager en touche ?)… Le joueur qui choisit la bonne action (ou la moins mauvaise) en fonction de la situation, fera preuve d’intelligence de jeu, de sens tactique, aux yeux de ses partenaires, de son entraineur et du public.

Dans notre contexte, nous dirons que c’est un expert : celui-ci qui connait la bonne action selon la situation. Il sera considéré comme un bon joueur si en plus il est capable de réussir les actions qu’il choisit (la passe au cordeau, le dribble efficace, le tâcle juste, … le but !), c’est-à-dire s’il possède aussi une bonne technique.

Si donc dans nos graphes de nos, on trouve en général une seule action pour une situation, c’est que l’expert y a inscrit la bonne action (ou la meilleure) et non pas l’ensemble des possibles… Allons plus loin : si beaucoup d’actions sont envisageables, c’est peut-être le symptôme que la situation n’a pas été complètement appréhendée, qu’elle mérite peut-être d’être re-précisée en prenant en compte de nouveaux faits. Une bonne identification de la situation réduit l’étendue des bonnes actions possibles¹.

Autre réflexion : sur un terrain de foot, la situation évolue très vite. D’une seconde à l’autre, la situation n’est plus la même, selon le déplacement des joueurs et du ballon. Une excellente perception de l’environnement et une bonne capacité d’anticipation fait aussi partie de l’intelligence de jeu.

¹ Rappelons que nous cherchons ici à modéliser les connaissances d’un expert et que nous ne sommes pas sur le terrain de la liberté individuelle…

Cituation du mois de mars 2017 (Cituation #8) :

«  C’est une bonne situation ça, scribe ?

– Vous savez, moi je ne crois pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise situation. Moi, si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres. Des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi. Et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée… Parce que quand on a le goût de la chose, quand on a le goût de la chose bien faite, le beau geste, parfois on ne trouve pas l’interlocuteur en face, je dirais, le miroir qui vous aide à avancer. Alors ça n’est pas mon cas, comme je disais là, puisque moi au contraire, j’ai pu : et je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie… je ne suis qu’amour ! Et finalement, quand beaucoup de gens aujourd’hui me disent « Mais comment fais-tu pour avoir cette humanité ? »,  et bien je leur réponds très simplement, je leur dis que c’est ce goût de l’amour ce goût donc qui m’a poussé aujourd’hui à entreprendre une construction mécanique, mais demain qui sait ? Peut-être simplement à me mettre au service de la communauté, à faire le don, le don de soi… »

Réplique des personnages Numérobis et Otis dans le film Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, réalisé par Alain Chabat, en 2002.

Cette cituation du mois amène plusieurs réflexions, qui vont être plus courtes que la citation elle-même :

  • D’abord une situation peut être complexe, très générale et assez longue à décrire…
  • Ensuite, situer, c’est positionner sur un plan ou dans un cadre (géographique, social, etc..). C’est donc toujours relativement à quelque chose que l’on situe. Plus précisément relativement à d’autres situations…
  • Enfin, Otis a raison : il n’y a pas de bonne ou de mauvaise situation. Dans notre contexte par contre, une situation n’a un sens que par rapport à un but donné.

Cituation du mois de février 2017 (Cituation #7) :

« J’espère, Monsieur, que vous avez bien compris la situation

– Je le pense, Monsieur. »

Réplique des personnages Georges Dumont et Atos Pezzini dans le film Marguerite, réalisé par Xavier Giannoli, en 2015.

Comprendre la situation : voilà bien le but de ce qu’on appelle la communication… Partager une interprétation commune de la réalité.

En l’occurence, lorsque Monsieur Dumont, le mari de Marguerite, demande au professeur de chant de Marguerite, Monsieur Pezzini, s’il a « bien compris la situation » après que ce dernier ait auditionné ladite Marguerite, il lui envoie le message suivant : « Vous avez entendu que Marguerite chante mal, surtout ne l’encouragez pas à poursuivre  et à monter ce spectacle qui la ridiculisera ».

Monsieur Pezzini peut voir de son côté la situation différemment : ce cours de chant est une aubaine pour lui, et lui permettra de tirer de l’argent de ses riches clients.

Ce dialogue a lieu devant Marguerite, qui, elle, a bien sûr une autre interprétation de la situation : la date du spectacle approche et elle a besoin d’un professeur pour bien se préparer. C’est la « situation officielle », car Monsieur Dumont, qui s’évertue à cacher à Marguerite son absence de talent vocal, utilise le mot situation (et l’ambiguïté de ce mot qui peut être utilisé dans un sens très général), pour tenir quasiment un double langage. Dans la question qu’il pose, il ne donne pas le même message à Marguerite et à son professeur… Et comme le professeur de chant, répond positivement, tout le monde est content ! Mais il y a bien malentendu entre les trois personnages…

En temps normal, pour qu’une communication soit réussie, la situation doit être précisée, explicitée et les échanges verbaux, les questions, reformulations, doivent permettre en fin de compte de vérifier qu’on parle bien de la même chose : de la même situation… En l’occurence, M. Dumont ne cherche pas à communiquer avec sa femme, mais utilise la richesse du langage et ses ambiguïtés pour envoyer un message codé.

Moralité : face à un interlocuteur qui utilise le terme situation, n’hésitons pas à lui faire repréciser la situation qu’il a en tête…

Cituation du mois de janvier 2017 (Cituation #6) :

« Exercez-vous une activité professionnelle ?

– « Ça dépend »… Oui, ça évidemment, on vous demande de répondre par « oui » ou par « non », alors forcément : « ça dépend », ça dépasse ! »

Réplique du film Le père Noël est une ordure, réalisé par Jean-Marie Poiré en 1982.

Au delà de la blague sur le remplissage des formulaires administratifs, qu’ils soient électroniques ou papier, et de leur formatage pour faire rentrer les administrés dans des cases (et là je m’empresse de remplacer cases par situations…), je vais m’attarder sur l’expression « ça dépend »…

Ce mois-ci, nous ne sommes pas face à une vraie cituation, puisque la citation ne comprend pas le terme situation, mais je me permets cette petite entorse car l’expression « ça dépend » résonne pour moi comme un signal quand je l’entends dans la vie courante…

Si vous êtes face à quelqu’un qui vous dit, dans une circonstance donnée : « ça dépend », vous êtes face à un expert¹… C’est-à-dire face à quelqu’un qui dispose d’une connaissance, dans un domaine plus ou moins reconnu, plus ou moins trivial, plus ou moins personnel. Et cette connaissance, il est possible de l’expliciter. Soit parce qu’elle est déjà explicite pour la personne et qu’elle est habituée à exposer cette connaissance : « ça dépend de … », « il faut commencer par savoir si… », « est-ce que … ». Soit la personne sait, mais n’a pas encore verbalisé ce savoir. Dans les deux cas, la personne qui dit « ça dépend » a en tête au moins deux situations distinctes, là où son interlocuteur n’en voit qu’une… Si elle a dit, « ça dépend », c’est qu’elle est en mesure de discriminer ces deux situations, et il devrait être possible d’exprimer cette connaissance sous forme de graphe de situations…

Et comment l’expert peut-il discriminer les situations ? En posant la bonne question, en allant chercher les faits qu’il est pertinent de connaitre dans la situation. C’est la première partie de la connaissance de l’expert. La deuxième partie consiste à savoir ce qu’implique la présence de ces nouveaux faits, ce qu’ils changent précisément dans la situation courante, et donc de définir la nouvelle situation… On retrouve là les deux dimensions de notre modèle de « noeud de situation » (noS) : les actions et les règles de transition.

En conclusion, lorsque vous dites « ça dépend », vous pouvez vous attendre à ce que votre interlocuteur vous réponde « ça dépend de quoi ? ». C’est donc que vous avez en tête plusieurs situations et des règles (de type « si… alors il faut … ») pour discriminer ces situations : vous disposez de ce qu’on peut appeler une micro-expertise (et peut-être bien plus…), que vous êtes prêt à partager…

¹ Vous pouvez aussi vous trouver en face de quelqu’un qui est dans l’évitement, qui cherche à ne pas s’engager dans une réponse précise, soit par incompétence, soit pour protéger son savoir… Mais vous verrez vite si votre interlocuteur dispose vraiment d’un savoir et s’il est disposé à le partager …