Cituation du mois de juin 2019 (Cituation #35) :

« Comprendre le mot à la lueur de la phrase, c’est très exactement comprendre n’importe quel donné à partir de la situation, et comprendre la situation à la lumière des fins originelles. Comprendre une phrase de mon interlocuteur, c’est, en effet, comprendre ce qu’il « veut dire », c’est-à-dire épouser son mouvement de transcendance, me jeter avec lui vers des possibles, vers des fins et revenir ensuite sur l’ensemble des moyens organisés pour les comprendre par leur fonction et leur but. Le langage parlé, d’ailleurs, est toujours déchiffré à partir de la situation. »

Jean-Paul Sartre, L’être et le néant, p. 679, Editions Gallimard, Paris, 1946.

Quatrième caractéristique ou structure d’une situation selon Sartre, mon prochain :

« Vivre dans un monde hanté par mon prochain, ce n’est pas seulement pouvoir rencontrer l’autre à tous les détours du chemin, c’est aussi se trouver engagé dans un monde dont les complexes-ustensiles peuvent avoir une signification que mon libre projet ne leur a pas d’abord donnée. »

Jean-Paul Sartre, Ibidem, p. 672.

Voilà qu’autrui entre dans l’équation… Les significations peuvent être multiples : en tout cas mon interprétation de l’état du monde (ma situation) n’est pas forcément celle de mon prochain…  Voilà donc apparaitre le problème de la compréhension et du langage… Car les significations peuvent également pré-exister, et être véhiculées, par exemple par les mots.

Revenons donc à la cituation du mois. Je dois considérer les projets possibles de mon prochain pour pouvoir le comprendre, du moins comprendre ce qu’il veut dire quand il me parle. Pour saisir ces projets possibles, je dois m’abstraire de ma situation, de mon projet. Je dois faire un travail de distanciation sur mes propres représentations, pour imaginer ce que ce même état du monde peut signifier. Autrement dit, quelles autres situations (pour autrui) cet état du monde peut désigner ?

Comprendre une phrase est un acte de construction qui revient pour pour Sartre à comprendre une situation, et cela ne peut être fait véritablement qu’en identifiant le projet de mon interlocuteur. Je ne peux comprendre un mot qu’à la lueur de la phrase / situation qui le contient et je ne peux comprendre la phrase / situation qu’à la lueur du projet, des fins de mon interlocuteur. La situation est l’élément central du langage, d’une part comme objet désigné par l’interlocuteur, d’autre part comme objet compris par le récepteur :

« Et toute parole est libre projet de désignation ressortissant au choix d’un pour-soi personnel et devant s’interpréter à partir de la situation globale de ce pour-soi. Ce qui est premier, c’est la situation, à partir de laquelle je comprends le sens de la phrase, ce sens n’étant pas en lui-même à considérer comme une donnée, mais comme une fin choisie dans un libre dépassement des moyens. »

Jean-Paul Sartre, Ibidem, p. 683.

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